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Gilbert FILHET

seigneur de la Curée et de la Roche Turpin.
Chevalier du Saint Esprit.

 


1590. Pontoise. Où Gilbert manqua d'être pris par les pontoisiens

Pontoise continuait de servir d'asile à beaucoup d'habitants des campagnes obligés de fuir devant la soldatesque qui parcourait les villages parmi ces réfugiés se trouvait un certain nombre de prêtres des environs, forcés d'abandonner leurs paroisses pour se soustraire aux sévices des Huguenots.

C'est vraisemblablement vers cette époque qu'eut lieu, sous les murs de Pontoise, un petit combat de cavalerie, ou plutôt une escarmouche, dont la relation se trouve dans un recueil manuscrit intitulé Journal du roi Henri V pendant les années 1589 et 1590. (1)

Voici un extrait dans lequel le pistolet joue un certain rôle cette arme, qui semble avoir été importée d'Italie, n'était pas alors en usage depuis très-longtemps dans les armées françaises; malgré quelques progrès apportés dans la fabrication, les pistolets de la fin du XVIe siècle, qui ne ressemblaient en rien à nos revolvers modernes, étaient des armes longues et lourdes, et quelquefois même dangereuses pour ceux qui s'en servaient le récit qui suit, que nous croyons fort peu connu du reste, pourrait s'intituler

Comment Gilbert manqua d'être pris par les pontoisiens

Et quel vilain tour faillit lui jouer le pistolet de M. de Villars. Le Roi étant logé près de Beaumont-sur-Oise, -où il attendait des munitions pour aller attaquer une place, lesquelles devaient passer la rivière de Seine à Conflans, village qui est près du lieu où entre Oise dans Seine, et craignant que ceux de Pontoise, où commandait M. d'Alincourt (lequel n'y 'était pour lors, mais il ne laissait d'y avoir une forte garnison), ne leur fissent de l'empêchement (car il n'y a, ce me semble, dudit Conflans il Pontoise, que deux petites lieues, et il en fallait passer fort près pour venir à l'armée), M. le maréchal de Biron voulut aller lui-même à Conflans pour cet effet. Il prit trois cents chevaux, et étant au rendez-vous, et fait son ordre, il donna les coureurs à mener à La Curée, lequel prit trente messieurs de ses compagnons, et étant arrivé à Conflans, et ayant fait passer et acheminer lesdites munitions, Monsieur le maréchal se résolut d'aller passer près de Pontoise, pour voir quelle mine feraient ceux de dedans. La Curée reprenant la tête, et approchant de Pontoise, et voyant qu'il n'en sortait personne, fit halte pour laisser passer M. le maréchal, lequel le laissant pour faire la retraite, lui dit « Curée, si les ennemis sortent, avertissez-m'en », et cela dit, s'en alla. Peu après, La Curée vit partir quatre cavaliers qui venaient de la ville, dont l'avenue de ce côté-là est par entre les vignes, au milieu desquelles il y a un chemin fort large, qui a des deux côtés des haies et des fossés. Ces quatre homes de cheval vinrent par derrière La Curée, lesquels approchant, crièrent « Cavaliers, un coup de pistolet » Ce qu'étant entendu par six des compagnons de La Curée, qu'il avait laissés deux ou trois cents pas derrière lui, en avertirent, ce qui lui fit aller soudain avec encore quelques-uns des siens, baillant ce qu'il commandait à mener à son lieutenant, et envoyant quatre de ses compagnons aux ennemis. Ils se dirent quelque chose les uns aux autres sans se fort approcher mais les ennemis se tenaient toujours près de leurs haies, ce que voyant, La Curée recommença sa retraite, et ses compagnons firent de même; enfin, s'éloignant de la ville, ces quatre cavaliers s'en éloignèrent aussi, l'un desquels s'avança, ce que fit aussi un de ceux de La Curée, et se tirèrent chacun un coup de pistolet chacun blessa le cheval de son ennemi. En même temps, La Curée vit sortir de la ville de Pontoise deux troupes, l'une .de quarante chevaux, et l'autre de plus de soixante, dont incontinent il avertit M. de Biron, qui déjà s'était fort éloigné. Lors, La Curée se résolut de faire mine de se retirer comme un homme qui s'en voulait aller cela donna envie à ces messieurs de le suivre, et s'éloignèrent un peu de la ville, et surtout ces quarante chevaux. Cependant, M. le maréchal étant averti, tournait tête vers La Curée, qui aussitôt tourna aux quarante qui s'étaient avancés, lesquels se voulurent retirer, mais ils ne le purent faire que La Curée ne les chargeât, et comme il tira un coup de pistolet à un, son pistolet qui était à pétard, fait à Rouen, et lui avait été donné par M. de Villars qui en était gouverneur, et parce qu'il était fait d'une façon où il y avait de l'art à le charger, soit que l'on eût failli, ou autrement, en tirant, il lui sortit de la main, et de violence lui jeta le bras derrière le dos, si rudement, qu'il ne s'en pouvait nullement aider. En ce même temps, cet autre gros qui soutenait le premier, s'avança pour le secourir, ce que reconnaissant, La Curée vit bien qu'il ne fallait plus penser à ce qu'il fallait faire, car de se retirer devant eux il ne pouvait, M. de Biron étant encore loin. Il résolut, donc d'aller à-la-charge à ce gros, et y mena ses compagnons, son bras en l'état que j'ai dit, ne s'en pouvant nullement aider. Et j'ai ouï dire à lui-même qu'il' n'a jamais, rien fait qui lui ait baillé tant d'impatience que de se voir pêle-mêle dans les ennemis, sans les pouvoir offenser ni se défendre. Il les chargea néanmoins si brusquement, qu'il leur fit tourner visage, et en fut tué plus de douze sur la place quatre pris prisonniers trois des siens furent tués, et plusieurs blessés. La Curée fut un peu blessé sous la gorge, eut toute la barbe brûlée il fut aussi blessé sous faisselle' et' souffrait tout cela, comme une quinzaine, sans se remuer.

Je l'ai ouï discourir là-dessus, et lui ai ouï dire qu'en plusieurs occasions, et en celle-là particulièrement, il a vu bien souvent mieux réussir les choses faites un peu témérairement, que celles où on apporte grande considération parce que la considération de cette grande avenue, avec ces haies et ces fossés, l'avaient empêché de pousser jusqu'au bout les ennemis pour la croyance qu'il eut qu'ils avaient farci ces haies d'arquebusiers, ce qu'ils n'avaient fait, au contraire, ayant vu revenir M. de Biron ils s'étaient tous retirés et avaient fermé leurs portes et levé leur pont (de Pontoise) au nez de leur cavalerie et s'ils eussent été poussés, une partie eut été tuée, et l'autre se fut jetée dans les fossés, comme encore firent plusieurs, à ce que les trompettes qui vinrent quérir les prisonniers le lui dirent. La Curée, après cela, se retira et M. de Biron en fit de même, et le lendemain La Curée alla trouver le Roi, la barbe rasée et le bras en écharpe, qu'il porta plus de trois semaines, mais non jamais plus ce malheureux pistolet, qu'un valet d'un de ses compagnons qui l'avait ramassé lui rapporta.

Cependant, la délivrance de Paris approchait les mois s'étaient écoulés en combats souvent meurtriers, mais stériles comme résultats, si ce n'est l'enlèvement des faubourgs. La capitale était défendue par 5,000 soldats à peine, presque tous étrangers, et 40,000 hommes de la garde bourgeoise. On avait fondu les cloches pour en faire des canons; les remparts étaient défendus par.les religieux jacobins, cordeliers, carmes, capucins, jésuites, tous armés contre l'hérétique. Henri IV eut pu s'emparer de vive force de Paris mais il redoutait pour la capitale les conséquences d'un assaut « Je suis, disait-il, le vrai père de mon peuple, et je ressemble à cette vraie mère de Salomon j'aimerais mieux quasi n'avoir point de Paris, que de l'avoir tout ruyné par la mort de tant de personnes »

Il chercha donc à prendre Paris par la famine; on la supporta héroïquement « Quand il n'y eut plus de pain, », on mangea les chevaux, les ânes, l'herbe des rues, les souris, les rats, les animaux les plus immondes; on » fit de la farine avec les ossements des morts, et une » mère, dit-on, mangea le corps d'un de ses enfants. » On rapporte que trente mille personnes périrent de faim et de maladies dans ce siège, et cependant le peuple, soutenu par la fougueuse éloquence des prédicateurs, par l'activité des Seize, du duc de Nemours, et des duchesses de amours, de Mayenne et de Montpensier, ne songeait pas à se rendre on était réduit cependant à la dernière extrémité. (2)

Le cœur de Henri IV n'était pas insensible à tant de malheurs ce fut alors que le roi d'Espagne envoya au secours des assiégés Alexandre Farnèse, duc de Parme, l'un des plus habiles tacticiens du XVIe siècle, qui, par de savantes manœuvres, réussit à ravitailler la ville, et il y introduire 8 000 soldats d'élite. En même temps, avec son corps d'armée, il faisait une utile diversion (6 sept'-). Le roi dut donc lever le blocus, et se retirer par Senlis et Creil les Espagnols avaient évité le combat en rase campagne, pris Lagny, puis Corbeil; lors du siège de cette ville, prise et reprise tant de fois, le gouverneur de Pontoise contribua puissamment au succès des Espagnols et des Ligueurs, en leur fournissant des munitions de guerre

 

1- Bibliothèque nationale, mss. fonds français 3412, folio 125. (5 pages et demie in-folio). Ce registre est composé de pièces sans suite, avec au moins autant de raison, lui donner pour titre Journal de la Curée, car il est à remarquer que dans tous les récits contenus dans ce registre, ce personnage figure toujours avantageusement. Quoi qu'il en soit, ce manuscrit a une valeur historique le P. Lelong le cite dans sa Biblioth. hist. sous le no 19306, comme faisant partie de la Bibliothèque du roi. .
2- Th. Lavallée, Le Bas, Renaudin, Hénault, etc.; les historiens de la Ligue, -est les diverses relations du siège de Paris..


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