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Gilbert FILHET

seigneur de la Curée et de la Roche Turpin.
Chevalier du Saint Esprit.

 


1590. Dreux.

Henri III assassiné et la Ligue n'acceptant pas son successeur, force a été au nouveau souverain Henri IV d'entreprendre la conquête de son héritage. Le manuscrit du « Discours » de M. Guy du Faur d'Hermay est conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal.

— Il tarde bien à venir, dit le roi en quittant la fenêtre qui lui servait de poste d’observation, pour faire un nouveau tour dans l'appartement.
— C'est vrai, sire, mais votre impatience ne vous fait-elle pas trouver les minutes un peu longues? répondit Guy d'Hermay.
— Ventre-saint-gris, mon compère, on serait impatient à moins! Quelle rude journée pour un batailleur de mon espèce! n'avoir eu qu'à lutter contre des intrigues, qu'à déjouer des machinations... Décidément, mon ami, ce métier ne me va pas.
— Votre Majesté s'en est cependant acquit tée en maître consommé, et m'est avis qu'elle sera avant peu aussi habile à démêler les ruses de la politique de ses adversaires, qu'à prévoir sur les champs de bataille les stratagèmes de ses ennemis.
— Il le faudra bien, reprit le roi d'un ton de regret, puisque les événements me condamnent à faire le larron pour contreminer les friponneries de messieurs de la Ligue... Mais la Curée ne vient pas, poursuivit le roi après un silence de quelques secondes, employées par lui à prêter l'oreille aux bruits du dehors, autres que ceux dont nous avons précédemment parlé; m'aurait-il aussi abandonné celuilà ? murmura Henri avec un accent mélancolique et un peu amer.
— Lui, sire? s'écria Guy d'Hermay. Il en est incapable! et plutôt que de douter de lui, je douterais, je crois, de moi-même. Votre Majesté sait cependant...
— Tu as raison, mon ami, interrompit le roi d'un ton jovial et affectueux, d'autant plus

Prenant pour objectif Paris dont il faut qu'à tout prix il s'empare, il va tourner autour, combattant. Après avoir escarmouché en Normandie, gagné la bataille d'Arqués, parcouru la région jusqu'au Mans, il est venu mettre le siège devant Dreux. C'est là que nous retrouvons M. de la Curée. Quoique catholique convaincu, il a suivi Henri de Béarn dans l'espoir d'une conversion probable et à demi promise. L'armée d'Henri IV comprend 15ooo hommes de pied et 3ooo cavaliers que commandent le colonel général de la cavalerie légère en personne, le comte d'Auvergne, le maître de camp général, M. de Givry, et La Curée comme premier capitaine de la cavalerie.

En février 1590, pendant que le siège suit son cours, Henri IV est prévenu que la Ligue envoie contre lui une armée de 16000 hommes sous les ordres du duc de Mayenne. Cette armée, dit-on, arrive du côté de Montfort l'Amaury. Le roi prescrit aux officiers généraux de la cavalerie de se porter en avant sur la rivière de la Vesgre, vers Houdan, afin de surveiller l'ennemi et dès que celui-ci sera en vue de se replier pour l'avertir, sans engager le combat.

Les trois officiers partent. Le comte d'Auvergne a six compagnies de chevau-Iégers M. de Givry quatre: La Curée quatre, plus une compagnie d'arquebusiers à cheval les trois chefs iront occuper sur la Vesgre, en éventail, Houdan, Berchères, Rouvres et se préviendront de ce qui pourra leur arriver. En raison des pluies récentes la Vesgre a grossi. L'armée de la Ligue ne peut la passer qu'à trois gués situés chacun devant les trois bourgs en question. Houdan est une ville fermée qu'on ne peut prendre qu'avec de l'artillerie. A Rouvres, où doit aller La Curée, ville aussi close de murs, comme Berchères, la Vesgre coule le long des remparts et le gué assez large pour laisser passer dix chevaux de front, aboutit à une porte de la ville. La Curée s'installe et attend. La nuit se passe. Au matin, l'ennemi apparait devant Houdan. Constatant que la place est occupée et solide, il oblique à droite, suit la rivière, défile devant Berchère, ne s'arrête pas, parce que le gué est ici encore difficile et parvient à la hauteur de Rouvres. La Curée est à table au moment où les coups de pistolet de ses vedettes le préviennent que l'ennemi approche. Montant aussitôt à cheval, il gagne les remparts. Les colonnes de l'armée de la Ligue sont en vue de l'autre côté de l'eau. Mais La Curée est en même temps averti que le comte d'Auvergne et M. de Givry, considérant leur mission comme terminée, se sont repliés avec leurs troupes sur Dreux et l'ont laissé ainsi isolé, « en pointe », découvert, devant des forces considérables. Conformément aux instructions reçues, La Curée n'a plus qu'à se retirer. Faisant sonner le rassemblement sur la place du bourg, il donne le signal du départ; la troupe se met en marche, La Curée demeurant en queue avec vingt cavaliers afin de protéger la retraite. A peine est-il parti que l'ennemi passe le gué, enfonce les portes de Rouvres, envahit tumultueusement la petite ville. A cet instant La Curée s'aperçoit qu'il a oublié ses tassettes dans la maison qu'il vient de quitter il tourne bride, ramène ses vingt chevaux au trot, puis, faisant sonner la charge par deux trompettes, fonce. Son valet de chambre peut arriver jusqu'à la maison, reprendre les tassettes et La Curée retourne avec son monde sans que les ennemis aient eu le temps de se reconnaitre.

En revenant, la Curée longe la rivière, au pas. De l'autre côté, on aperçoit des cavaliers ennemis. Il hèle, demande aux gens qui ils sont. L'un d'eux se nomme le chevalier d'Au- male, colonel de l'infanterie de la Ligue. La Curée salue, décline ses noms et qualités les deux hommes causent. Le chevalier interroge où est donc le roi? Ne va-t-il pas venir bientôt se battre? « Monsieur, fait la Curée, le roi ne refuse jamais telles occasions et si vous l'attendez, vous m'en saurez dire demain des nouvelles. » Là-dessus, un arquebusier de la suite de M. d'Aumale, épaule son arquebuse, vise M. de La Curée et fait feu. Le coup ne porte pas. La Curée se met à rire, criant à l'homme que vraiment il est bien maladroit De si près, il aurait dû au moins toucher le cheval! M. d'Aumale furieux s'est retourné vers l'arquebusier qu'il rosse de coups de plat d'épée et qu'il fait ensuite arrêter. Sur ces entrefaites arrive derrière M. d'Aumale, M. du Bois-Dauphin, un ami de La Curée. La conversation reprend, gaie et joviale. Après quoi La Curée s'apercevant que du côté de Rouvres les colonnes ennemies passent toujours le gué et que la situation pourrait devenir dangereuse, demande à « ces messieurs » permission de leur dire adieu. M. d'Aumale le prie « de baiser très humblement les mains du roi de sa part, de l'assurer qu'il est son serviteur très humble; les trois hommes se saluent poliment et se quittent.

La Curée a repris le chemin de Dreux. Parvenu sur une hauteur, il aperçoit une dizaine de cavaliers qui viennent vers lui. On finit par reconnaître Henri IV en personne qui impatient de savoir des nouvelles, arrive ainsi imprudemment, si près de l'ennemi. Le roi aborde La Curée, le questionne. Le capitaine dit la rencontre avec M. d'Aumale. Là-dessus, au bout du chemin, se profilent les silhouettes d'éclaireurs de l'armée ligueuse. Sont-ce là les ennemis? fait Henri IV. Oui, sire, et toute leur armée est sur le bord de la rivière! Curée, va à eux, puis tu te retireras. La Curée prend le galop, peut mettre la main sur deux des éclaireurs qu'il ramène et la troupe rentre tranquillement au camp devant Dreux sans être autrement inquiétée.

Mais, devant les forces trop considérables de Mayenne qui avancent et vont prendre l'armée royale entre deux feux, Henri IV juge qu'il ne peut pas continuer le siège il plie bagages, se met à descendre lentement la vallée de l'Eure, suivi de Mayenne qui ne le perd pas de vue. Arrivé dans la plaine d'Ivry, le 1er mars 1590, brusquement le roi se retourne et décide de livrer bataille. C'est la bataille d'Ivry.

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